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Grèce : coup d’État européen face au soulèvement populaire, de Stathis Kouvelakis

décembre 1, 2011

initialement posté sur le site de Contretemps
(http://www.contretemps.eu/interventions/gr%C3%A8ce-coup-%C3%A9tat-europ%C3%A9en-face-soul%C3%A8vement-populaire)

Ainsi donc c’est en Grèce qu’a débuté la nouvelle pièce promise à un grand succès en cette saison politique européenne et qui s’intitule : La Prise du pouvoir par les banquiers. L’Italie paraît choisie pour la prochaine étape, ce qui ne fait que ressortir l’intérêt du processus grec qui a conduit à la démission de Georges Papandréou et à la formation d’un nouveau gouvernement dit d’« entente nationale » dirigé par Lucas Papadémos.

Plusieurs jours de tergiversations et d’âpres négociations entre le PASOK (socialiste), toujours majoritaire au Parlement, et la Nouvelle Démocratie (ND, opposition de droite), sans oublier le rôle particulièrement actif de l’extrême droite du LAOS, ont été nécessaires pour arriver à ce résultat.Au final, un gouvernement dont les principaux portefeuilles économiques et sociaux restent aux mains du PASOK, la droite se cantonnant à deux ministères « régaliens » (Défense, Affaires étrangères). Un gouvernement également marqué par la participation de l’extrême droite qui, pour la première fois depuis la chute du régime militaire (1974), se voit attribuer un ministère (Transports et Travaux publics) et trois secrétariats d’État. Mais, bien plus que ces manœuvres politiciennes, ce sont les pressions des gouvernements allemand et français et de ce qu’on appelle les « marchés » qui ont permis d’aboutir à ce résultat. Ancien vice-président de la Banque Centrale Européenne (BCE), de 2002 à 2010, Papadémos, membre de la Commission Trilatérale, fut directeur de la Banque Centrale de Grèce entre 1994 et 2002 et, de ce fait, l’un des architectes de l’entrée de la Grèce dans l’euro, aux côtés de son mentor en politique, l’ancien Premier ministre socialiste « moderniste » Costas Simitis, le principal architecte du néolibéralisme en Grèce et considéré comme particulièrement proche des milieux d’affaires allemands.

Autant dire qu’avec ce nouveau Premier ministre, ce sont de façon quasiment directe les milieux financiers européens, et secondairement grecs, ainsi que les pays du directoire de l’Union Européenne (UE) qui gouvernent le pays, au mépris de tout mandat populaire, à partir ce qui peut être considéré comme le premier « coup d’État blanc » conçu et mis en œuvre par cette même UE et les banquiers dont elle est le fondé de pouvoir. Les formulations de Marx à propos de la monarchie de Juillet, selon laquelle cette dernière est le « règne d’une fraction seulement de la bourgeoisie, l’aristocratie financière », et le régime tout entier une « société par actions pour l’exploitation de la richesse nationale »[1] retrouvent ainsi une nouvelle jeunesse. À ceci près que cette aristocratie financière est à présent essentiellement multinationale, et, pour ce qui concerne les pays du Vieux Continent, avant tout européenne, les spéculateurs et profiteurs d’aujourd’hui siégeant dans les conseils d’administration des banques (et institutions financières) allemandes, et françaises, ainsi que de la BCE[2].

Comment comprendre de façon plus profonde ce bouleversement spectaculaire du paysage politique, qui a vu en une dizaine de jours l’ex-Premier ministre Papandréou annoncer un référendum, se rétracter, gagner un vote de confiance au Parlement pour finalement démissionner et laisser la place à un gouvernement d’« entente nationale » aux ordres des financiers et de l’UE ? Précisons d’entrée de jeu ceci : contrairement à une impression largement répandue dans et par les médias internationaux, ce n’est pas l’annonce d’un référendum portant sur les décisions du sommet européen du 27 octobre qui a précipité les événements, mais la situation pré-insurrectionnelle dans laquelle la Grèce a plongé depuis les journées du 19 et 20 octobre et, de façon encore plus nette, depuis les émeutes qui ont accompagné les commémorations de la fête nationale du 28 octobre. C’est du reste précisément à cette situation que venait répondre l’initiative à haut risque, et qui s’est révélée fatale pour son sort, de Papandréou[3].

En ce sens, les derniers événements doivent être compris comme le prolongement logique des tendances qui sont apparues en juin dernier, lorsque la mobilisation du « peuple des places » atteignit un pic et déclencha la première phase de la crise politique[4]. Papandréou s’est alors placé pour quelques heures en position de démissionnaire à la recherche d’un accord de gouvernement d’« entente nationale » avec le dirigeant de l’opposition de droite Antonis Samaras. Si cet épisode s’est rapidement clos par un simple remaniement gouvernemental, il n’en a pas moins mis en évidence les trois principaux déterminants de la séquence qui débouche sur la situation présente :

– une montée des mobilisations, qui prennent l’allure d’une véritable soulèvement populaire,

– l’accentuation de la crise du système politique et sa transformation en crise de l’État,

– le rôle de type néocolonial de l’UE devenue acteur de premier plan de la scène politique du pays.

Une brève analyse de ces trois facteurs s’avère donc nécessaire, qui nous permettra d’aborder en conclusion la question des perspectives de la gauche radicale dans cette conjoncture nouvelle.

Le soulèvement populaire

La grève générale de 48 heures des 19 et 20 octobre a confirmé que le cycle de mobilisation entamé dès le vote, le 5 mai 2010, du Mémorandum entre le gouvernement grec et la désormais fameuse « Troïka » (UE, BCE, FMI) était entré dans une nouvelle phase. L’ampleur et la combativité des manifestations, leur diffusion dans l’ensemble du territoire[5], la composition sociale élargie des participants (salariés du public et du privé, chômeurs, jeunes, petits commerçants et entrepreneurs, retraités), mais aussi la préparation de ces deux journées par toute une série d’actions radicales aux formes souvent inédites (occupations de bâtiments publics, y compris des sièges de ministères et de préfectures, refus de payer les nouvelles taxes, grèves prolongées dans certains secteurs comme les éboueurs ou le personnel hospitalier), tous ces éléments dressent le tableau d’une mobilisation ouvrière et populaire ascendante, disposant d’importantes réserves et de l’appui majoritaire du corps social. Pour le dire autrement, ce à quoi nous avons assisté dans les rues d’Athènes et des villes du pays, c’est à la convergence du « peuple des places » du printemps dernier (dont la masse se composait d’électeurs révolté des deux « partis de gouvernement » (PASOK et ND) et du mouvement populaire organisé. Le renforcement du rôle joué par ses composantes traditionnelles, syndicales et politiques, a joué dans ce sens, notamment la mobilisation du Parti Communiste Grec (KKE) et de son front syndical (PAME). Sous la pression de sa base et de son environnement social, ce parti s’est démarqué de la routine qu’il affectionne, qui consiste à faire défiler ses propres cortèges de façon soigneusement distincte du reste des manifestants, et a voulu occuper le terrain de façon visible et prolongée, en organisant l’encerclement du Parlement le 20 octobre. Certes, il s’y est pris avec son sectarisme coutumier, refusant une fois de plus toute unité d’action avec les autres forces de la gauche radicale. Cela ne saurait toutefois en aucune façon justifier l’attaque militarisée, à visée meurtrière (cocktails molotov lancés contre le service d’ordre et les cortèges du PAME), dont il fut la cible de la part d’une partie de la mouvance Black Bloc et qui s’est soldée par la mort d’un ouvrier du bâtiment, militant du PAME, et par l’hospitalisation d’une quarantaine de manifestants issus de ses rangs, dont trois dans un état grave[6].

Malgré ces incidents, qui ont laissé un goût amer, une dynamique d’action de rue s’était mise en place, qui a resurgi lors des manifestations qui ont éclaté à l’occasion des commémorations du 28 octobre[7]. Des manifestations que l’on peut considérer comme l’équivalent sur le plan symbolique d’une « prise de la Bastille » à la grecque. En ce jour de confirmation des autorités de l’État dans leur rôle de représentant de la nation, appelée à défiler sous leur regard, celles-ci sont un peu partout chassées de leur place physique et symbolique, à savoir des tribunes officielles[8], aussitôt envahies par la foule. Une foule qui déclare de la sorte qu’elle est la seule incarnation légitime du tout social. Cette conquête symbolique de la place vide, ou plutôt vidée, du pouvoir par le peuple « en personne » s’est également exprimée par la multiplicité des significations qui ont marqué cette journée : slogans liant le « non » de 1940 avec la situation présente et assimilant les gouvernants actuels aux « collabos », reprise de chants de la Résistance et de la lutte contre la dictature des colonels, drapeaux allemands et de l’UE brûlés devant des foules en liesse. Comme a pu le constater le correspondant du Monde, « la journée s’est transformée en journée du non à la « Troïka » et à l’austérité »[9]. Tout cela indique que pour de larges secteurs sociaux émerge un récit national et populaire alternatif à celui du pouvoir, qui fait converger la dimension sociale et la dimension nationale de la protestation et relie le présent avec la mémoire populaire de la « longue durée » historique.

Un seuil symbolique a ainsi été franchi et il semble peu probable de voir la mobilisation retomber, même si sa reprise passera par une période d’adaptation à la situation nouvelle créée par le bouleversement au sommet de l’État. D’autant que la situation économique du pays, déjà dramatique, ne cesse d’empirer : le taux de chômage a officiellement atteint 18,4 %, mais est plus proche des 25 % dans la réalité, les salariés et les retraités ont perdu environ un tiers de leur revenu, les taxes exorbitantes récemment votées achèvent de saigner les ménages, les services publics sont en ruine, le taux de suicide, traditionnellement l’un des plus faibles d’Europe, a bondi de 40 % en un an, tandis que la situation sanitaire de la population se détériore de façon dramatique, comme le révèle une étude publiée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet[10], qui conclut à une « tragédie grecque ». Dans ces conditions, il apparaît tout simplement impensable qu’un gouvernement s’apprêtant à administrer à une population exsangue une nouvelle potion d’austérité puisse espérer tenir dans la durée.

L’approfondissement de la crise politique

Par son ampleur et son aspect inédit, à savoir l’entrée en scène de masses jusqu’alors relativement passives et dépourvues de culture politique cohésive, le « mouvement des places » du mois de juin créait les conditions de la transformation de la crise économique et sociale en crise politique généralisée. Une crise que nous pouvons, en référence aux analyses de Gramsci, qualifier de « crise organique ». La montée en puissance de la protestation populaire révélait un moment de rupture des rapports établis de représentation entre les principaux groupes sociaux et leurs formes d’expression partidaire qui s’est traduite par « le passage soudain [de ces groupes] de la passivité politique vers une forme d’activité et de revendication qui, dans leur unité non-organique constituent une révolution ». Cette crise, poursuit le révolutionnaire italien, devient « une crise de pouvoir, et c’est en cela exactement la crise d’hégémonie ou crise de l’État dans son ensemble »[11].

Confronté à une situation de crise généralisée, le système politique tend à s’autonomiser des rapports de représentation et des règles de l’alternance parlementaire. Gramsci parlait de tendance au « bonapartisme » ou au « césarisme », qui peuvent s’imposer même « sans César, sans personnalité héroïque et représentative ». Dans un régime parlementaire, ces solutions prennent la forme de gouvernements de « grande coalition », qui lient de façon directe des intérêts économiques et sectoriels des classes dominantes avec des fractions du personnel politique détachées de leurs attaches partidaires antérieures. Différentes en cela du phénomène bonapartiste personnalisé et circonscrit au XIXe siècle, ces solutions offrent bien plus de souplesse, au prix cependant d’une instabilité chronique. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit de formes de construction d’un bloc de pouvoir qui contournent (ou altèrent très significativement) les médiations de type représentatif et la légitimation électorale, sans toutefois rompre explicitement avec le cadre parlementaire existant, même si elles peuvent, le cas échéant, préparer le terrain à une telle évolution[12].

C’est dans ce cadre qu’il faut situer le processus de constitution d’un gouvernement d’« entente nationale », tel que celui dirigé par Papadémos. L’idée était dans l’air depuis un certain temps, et elle fut brièvement testée, nous l’avons vu, en juin. Mais l’urgence d’une telle issue ne s’est imposée qu’avec la tournure explosive prise par la protestation populaire lors de la séquence insurrectionnelle qui s’est déployée entre le 19 et le 28 octobre. Des indices comme la paralysie quasi-complète de l’administration d’État, accentuée par la vague d’occupations de bâtiments publics, ou le soudain remplacement de la totalité de l’état-major militaire, qui ne faisait pas un secret de son opposition aux coupes budgétaires qui affectent profondément l’armée, ont également poussé en ce sens, révélant que le fonctionnement de la machinerie étatique était atteint en son cœur même.

Il est d’usage, dans de telles circonstances, que les pouvoirs chancelants prennent des initiatives qui finissent par répandre le feu qu’elles étaient censées contrôler, sinon éteindre. L’annonce d’un référendum par Papandréou, censé porter sur l’accord conclu lors du sommet européen du 27 octobre, était l’exemple-type d’un tel geste qui, indépendamment des intentions de son auteur, a néanmoins fonctionné comme un test de vérité pour le système politique grec et pour l’UE tout entière. Le défi lancé par le dirigeant du PASOK a semé la panique sur les places boursières et provoqué la colère du directoire franco-allemand, qui, de façon tout à fait explicable, bondit au seul énoncé du mot de « référendum », l’UE n’étant guère sortie grandie des précédents épisodes du genre, et ce dans des conditions incomparablement plus favorables que celles offertes par l’actuelle situation de la Grèce. L’humiliation subie par Papandréou au sommet de Cannes, sans précédent pour un dirigeant de pays européen, était la conséquence logique de cette fausse, car bien trop tardive, naïveté démocratique.

Sur le front intérieur, le geste de Papandréou, suivi de pressions directes exercées par les dirigeants européens, a sans doute davantage apporté le résultat escompté. Il a certes révélé que le Premier ministre sortant était contesté au sein de son propre parti « sur sa droite », par une aile d’intégristes néolibéraux regroupés autour de ce que l’on qualifie de « talibans du Mémorandum » ou de « troïka interne »[13], qui a immédiatement rejeté l’idée du référendum et mis en avant l’idée d’un gouvernement d’« unité nationale ». S’il a sapé un peu plus la cohésion de son propre parti, Papandréou a toutefois marqué des points face à l’opposition de droite. Placée devant la quasi-certitude d’une victoire du « non » aux accords du 27 octobre et du chantage exercé par l’UE (expliquant qu’un « non » équivaut à la sortie de l’euro), la droite a vigoureusement combattu la proposition de référendum. Mais, dans la foulée, elle s’est également vu contrainte de céder aux exigences de « consensus » formulées dès le début de la crise de la dette par les milieux d’affaires et les dirigeants européens. De son côté, l’extrême droite, championne dès le printemps 2010 d’une « entente nationale » pour mettre en œuvre de façon musclée la « thérapie de choc », s’est sentie triompher. Son leader, Giorgos Karandzaféris, s’est posé ouvertement comme le « parrain » du nouveau gouvernement d’« unité nationale », qui lui permet d’accéder à la respectabilité institutionnelle tant désirée. Les formations périphériques du centre-droit (la petite formation ultra-libérale et européiste Alliance Démocratique de Dora Bakoyanni, challenger de Samaras à la direction de la ND en novembre 2010) et du centre-gauche (la Gauche démocratique, issue d’une scission droitière de Synaspismos, et les écologistes) leur ont emboîté le pas, avec quelques réserves de forme pour ces dernières. La voie était de la sorte ouverte pour le processus qui a abouti à la constitution d’un gouvernement dirigé par le banquier Papadémos, incarnation naturelle d’un bloc au pouvoir entièrement dominé par les intérêts de la finance européenne.

L’UE en tant que puissance néocoloniale

Le rôle de l’UE dans cette affaire mérite assurément quelques remarques spécifiques. À supposer en effet qu’il subsistât encore en Grèce quelques apparences de souveraineté nationale et de fonctionnement démocratique, fût-il « formel », celles-ci appartiennent désormais à un passé révolu. La façon dont Papandréou fut contraint de se rétracter sur le référendum, après s’être vu dicter de la façon la plus humiliante les termes de la question qui serait posée (et même la date de sa tenue !), les conditions de son départ du pouvoir ainsi que les manœuvres qui se sont déroulées dans l’opacité la plus totale afin de constituer le gouvernement d’« entente nationale » constituent au sens le plus strict un « coup d’État blanc », le premier dont la conception et la mise en œuvre se sont faites sous la houlette de l’UE. Faut-il souligner à quel point ce gouvernement est dépourvu de la moindre légitimité démocratique, dans le sens le plus banal du terme, telle qu’elle s’est notamment exprimée dans le scrutin d’octobre 2009 ? Et pourtant, la tâche qui lui est explicitement confiée (application des accords du 27 octobre, avec des mesures d’austérité encore plus graves que toutes les précédentes, accompagnées de la mise sous tutelle permanente et de la vente à l’encan de la quasi-totalité du patrimoine public restant) engagera le pays pour les décennies à venir.

Deux éléments donnent une idée du radicalisme néolibéral qui anime Papadémos et ceux qui l’entourent. Dans un article publié simultanément dans le quotidien grec To Vima et le Financial Times le 23 octobre[14], l’actuel Premier ministre avait récusé la proposition de décote de 50 % de la dette grecque détenue par les banques et autres institutions privées, qui fut finalement adoptée par le sommet européen du 27 octobre, pour s’en tenir à la seule décote de 21 % prévue par le sommet du 21 juillet, sous la pression de Sarkozy, et quasi-unanimement jugée scandaleusement favorable aux banques et totalement insoutenable pour le pays. Mieux vaut donc miser sur la « générosité », ou le réalisme, d’Angela Merkel en matière de paiement de la dette grecque que sur l’actuel premier ministre. Par ailleurs, l’une des principales exigences de Papadémos et de ses soutiens européens, dans la lignée de leur refus obstiné du référendum, a consisté à écarter l’idée d’élections anticipées qui étaient pourtant l’une des conditions que Samaras et la ND avaient posé pour leur soutien à un éventuel gouvernement d’« unité nationale ». La confusion continue de régner à ce sujet, Samaras ayant de nouveau évoqué dans sa déclaration postérieure à la formation du gouvernement, la tenue d’élections le 19 février 2012, date qu’il avait initialement annoncée. Assumant pleinement la logique bonapartiste évoquée auparavant, Papadémos et l’UE ne veulent pas d’une simple équipe de transition, chargée d’une mission limitée. C’est bien d’un gouvernement de combat qu’ils entendent mettre en place, comme le souligne, sous couvert d’anonymat, l’un des anciens collègues du Premier ministre à la BCE : « À la tête du gouvernement grec, il [Papadémos] devra apprendre cependant à trancher durement, à faire des mécontents »[15]. Nul doute que, flanqué de ses ministres du LAOS et des zélateurs de la « troïka interne », il apprendra très vite…

Quoi qu’il en soit, les masques sont tombés : l’UE apparaît à présent pour ce qu’elle est, une menace mortelle pour les règles démocratiques les plus élémentaires, celles-là même du régime parlementaire libéral. Car il ne faut pas se tromper : la simultanéité des changements de gouvernement en Italie et en Grèce, la prise du pouvoir dans les deux cas par des fondés de pouvoir des banques, sortis des entrailles de l’UE (BCE pour Papadémos, Commission Européenne pour Monti), cultivant les liens directs avec les milieux d’affaires, n’a rien d’une coïncidence. Depuis que la crise des dettes souveraines a éclaté, la Grèce est bien un cobaye de la « thérapie de choc » que les classes dominantes sont décidées à mettre en œuvre, et cela, comme Naomi Klein l’a très bien vu[16], ne peut se faire dans le cadre politique et institutionnel existant (du moins pour les normes d’un pays d’Europe occidentale). Les « thérapies de choc » sont indissociables des « désastres », conduisant à l’instauration d’un « état d’urgence » de plus en plus banalisé. Et, dans le cadre européen des 27 pays qui en font partie, c’est bien l’UE, ses institutions et son directoire franco-allemand (plus allemand que français à vrai dire…) qui en sont les maîtres d’œuvre. Pourtant, au sein de la gauche européenne, y compris ses ailes radicales, on s’obstine à vouloir contourner cette réalité ou à ne pas en mesurer les conséquences[17], en cultivant par exemple l’illusion d’une « réformabilité » des institutions de l’UE ou d’un bouleversement sociopolitique simultané dans les principaux pays européens qui permettrait de se dispenser d’affronter la machinerie de l’UE en tant que telle.

L’impuissance paradoxale de la gauche radicale grecque

Depuis le début de la crise de la dette, la gauche radicale grecque se trouve dans une position paradoxale. Elle se renforce sur le plan électoral, partant d’un niveau qui est déjà le plus élevé d’Europe (cf. encadré, plus bas). Ses militants sont très actifs dans les mobilisations, même si le « mouvement des places » a révélé ses difficultés à s’ouvrir à des secteurs sociaux extérieurs à ses sphères traditionnelles d’influence. Pourtant, elle peine à intervenir politiquement dans la situation, à proposer une alternative crédible aux politiques barbares mises en œuvre et rejetées par la quasi-totalité de la société. Elle n’arrive pas de ce fait à dégager une issue politique à la vague de colère populaire, qui risque de connaître une trajectoire « argentine » : un soulèvement populaire capable de faire chuter le pouvoir en place mais dépourvu de solution politique de rechange.

Deux facteurs pèsent d’un poids particulier dans cet état de fait. Tout d’abord la profonde division, plus exactement l’ambiance de guerre intestine, qui règne entre ses deux principales composantes : le Parti communiste (KKE) d’une part, engoncé dans une ligne sectaire et nostalgique du passé stalinien, qui reste la force dominante aussi bien sur le plan électoral que militant, et la Coalition de la gauche radicale (Syriza), de l’autre, qui prône une démarche unitaire mais qui peine à trouver une cohérence interne entre ses multiples composantes et tendances et tend à se replier sur une proposition d’unité « a minima », basée sur un simple refus de l’austérité. Nécessaire à l’unité d’action et à la mise en avant de revendications immédiates, de type syndical, une telle base s’avère toutefois insuffisante quand se pose la question d’une alternative de pouvoir.

Placées devant ce redoutable défi, ces formations ont le plus grand mal à formuler des propositions précises et un tant soit peu audibles sur les questions-clés où se jouent la légitimité des politiques menées et la possibilité d’une autre logique, à savoir la dette et la question de l’euro et, plus largement, des rapports avec l’UE. La ligne majoritaire au sein de Syriza, et surtout de sa principale composante, Synaspismos, est de proposer une renégociation de la dette dans le cadre de l’UE et de la zone euro, en évitant la cessation de paiement. La question de l’euro ou de la structure antidémocratique et néocoloniale de l’UE sont minimisées et/ou renvoyées à un futur indéterminé, lorsqu’un « mouvement social européen » aura changé la donne au niveau de l’UE toute entière, ou du moins de son noyau. Ces propositions, faut-il préciser, paraissent en complet décalage par rapport à la situation, peu crédibles et suscitent une opposition interne croissante.

Devant cette impasse, des courants importants de Synaspismos (le « Courant de gauche » dirigé par l’actuel porte-parole parlementaire de Syriza Panagiotis Lafazanis[18]) ainsi que d’autres composantes de Syriza regroupées dans le Front pour la Solidarité et la Rupture (dirigé par l’ancien président de Synaspismos Alekos Alavanos) haussent le ton et rompent avec le consensus européiste. Ils prônent une renégociation de la dette « à la Kirchner », menée sous la pression d’une cessation de paiement à l’initiative du pays emprunteur, accompagnée d’une sortie de l’euro et d’une véritable nationalisation du secteur bancaire, qui permettraient une dévaluation de la monnaie et une sortie de la logique de la « dévaluation interne » (fondée sur la baisse drastique du coût du travail) imposée par les cures d’austérité. En plus des arguments économiques, une rupture avec l’euro et la logique des institutions européennes, sans sortie immédiate de l’UE, est également jugée nécessaire pour des raisons politiques : comment sortir le pays de la tutelle où il se trouve actuellement et relancer un fonctionnement démocratique sans accepter un découplage, fût-il partiel, avec l’UE et le rétablissement de sa souveraineté nationale ? Cet agenda est du reste déjà défendu par le regroupement des forces de l’extrême gauche Antarsya, qui a connu quelques succès électoraux lors des régionales et municipales de novembre 2010 (cf. encadré, plus bas), et qui défend la cessation de paiement, la sortie de l’euro et la nationalisation des banques comme socle d’un programme de rupture anticapitaliste. Toutefois, malgré d’importantes convergences, un début de regroupement sur le front syndical[19], et une audience croissante dans le débat public, le « pôle anti-UE » de la gauche radicale peine à se coordonner et à acquérir une visibilité sur le terrain politique.

La situation paraît encore plus figée du côté du Parti communiste. Traditionnellement hostile à l’UE, partisan d’une sortie de la Grèce de l’Union, ce parti se montre pourtant très prudent sur ce terrain depuis le début de la crise, soulignant que tous ces problèmes, ainsi que celui de la dette, ne pourront être résolus qu’une fois « renversé le pouvoir du capital monopoliste » et instauré le « pouvoir populaire », sous la direction, naturellement, du parti. Cette rhétorique « gauchiste » sert en réalité à justifier une pratique quiétiste sur le plan des mobilisations, avant tout soucieuse de refuser toute forme d’unité d’action et accusant Syriza (et Antarsya) d’être des « forces opportunistes » jouant « le jeu de la bourgeoisie et de l’UE ».

En réalité, tout comme ceux de Syriza, les dirigeants du KKE manient un discours radical, mais désincarné, en ayant avant tout l’œil sur les sondages, qui créditent la gauche radicale de ses scores les plus élevés depuis les années 1970 (cf. encadré plus bas). Ils semblent se contenter de ce rôle de réceptacle passif de la colère populaire, rôle partagé qui crée entre eux une sorte d’étrange complicité, par-delà la virulence des polémiques. Pour le dire autrement, ce qui se trouve exclu dans les deux cas, quoique par des cheminements opposés, c’est l’idée d’une alternative qui se construit sur des objectifs transitoires et répond concrètement aux problèmes cruciaux posés par la crise : dette, appartenance à l’euro, modèle économique, refondation démocratique, indépendance nationale et rapports avec l’UE.

C’est cette complicité perverse qui explique que la proposition de référendum de Papandréou a mis dans un premier temps aussi bien Syriza que le KKE dans l’embarras, surtout lorsqu’il est apparu que se poserait la question de l’euro et d’une rupture concrète avec la cage de fer imposée par l’UE. Au lieu du référendum, qu’ils ont fini par soutenir en appelant à un vote « non », Syriza et le KKE ont préféré mettre en avant le mot d’ordre d’élections anticipées. Et ils continuent de le faire, espérant transformer en sièges les scores que leur accordent les enquêtes d’opinion.

Cette gestion routinière d’une situation extra-ordinaire, dans tous les sens du terme, s’avère toutefois grosse de dangers. La formation du gouvernement Papadémos, qui scelle le front unique des classes dominantes grecques et européennes, place la gauche radicale grecque au pied du mur. Loin d’être une force marginale, condamnée à un rôle de témoignage, elle se voit désormais investie d’une responsabilité proprement historique : construire un front social et politique en mesure de relever le défi lancé par un adversaire déstabilisé mais d’autant plus dangereux, prêt à toutes les aventures. Si elle se dérobe, et s’avère incapable de changer la donne, elle pourrait fort bien être balayée de la scène, comme l’ont été toutes les forces politiques, y compris de la gauche radicale, dans les pays qui ont déjà subi la « stratégie du choc ».

Cette responsabilité est du reste loin d’être une responsabilité uniquement nationale. Dans un article retentissant, publié en juin dernier dans le New York Times, l’historien britannique et spécialiste d’histoire grecque contemporaine Mark Mazower, rappelait à tou·tes celles et ceux qui n’ont d’yeux que pour la gloire des Anciens, qu’au cours des deux derniers siècles la Grèce moderne s’est retrouvée à plusieurs reprises « à la pointe de l’évolution européenne »[20]. En s’engageant dans une guerre d’indépendance, que les Grecs eux-mêmes ont toujours appelé la « Révolution de 1821 », ils furent les premiers à ébranler l’ordre de la Sainte Alliance. Par leur « non » de 1940, leurs victoires contre les troupes de Mussolini et leur lutte massive contre l’occupant, ils ont été aux avant-postes du combat antifasciste. En se soulevant, il y a trente-huit ans, contre la dictature des colonels, ils ont montré la voie à d’autres peuples, du Sud européen ou d’Amérique latine, qui subissaient une oppression comparable. Il se pourrait donc que, renouant avec ce fil qui traverse son histoire moderne, la Grèce donne une fois de plus le signal du soulèvement européen contre l’oppression, cette fois contre la dictature des financiers, des affairistes et de leurs pathétiques commissaires politiques.

Stathis Kouvélakis est enseignant en philosophie politique au King’s College de l’université de Londres.

Les forces politiques en Grèce : résultats électoraux et tendances récentes

Les dernières élections législatives ont eu lieu en octobre 2009. Le PASOK en est sorti vainqueur avec 44 % des voix, l’un de ses meilleurs résultats depuis les années 1990, et 160 sièges (sur les 300 que compte le Parlement). À noter que dix députés ont déserté les rangs du PASOK depuis le vote du mémorandum conclu entre le gouvernement et la Troïka (BCE, UE, FMI), en mai 2010, dont sept ont gardé leur siège, ce qui porte les effectifs du groupe parlementaire du PASOK à 153 députés, qui correspond aux voix reçues par le gouvernement sortant de Papandréou lors du vote de confiance du 4 novembre.

La Nouvelle Démocratie (droite) a obtenu 33,4 % des voix, le plus mauvais résultat de son histoire. Avec 5,6 %, l’extrême droite du LAOS (Rassemblement Populaire Orthodoxe) a progressé sensiblement depuis les élections précédentes (+1,8 %).

Les écologistes, qui affichent un profil « centre-gauche moderne », social-libéral sur les questions économiques, ont obtenu 2,53 %.

À gauche du PASOK, le Parti Communiste (KKE) a obtenu 7,6 %, en recul de 0,6 % sur les résultats de 2007, et la Coalition de la gauche radicale (Syriza) 4,6 %, en recul de 0,4 % sur les résultats de 2007. Syriza regroupe une dizaine de composantes (qui vont du maoïsme au trotskisme en passant par des sensibilités « mouvementistes ») dont la principale est Synaspismos (Coalition de gauche), issue de deux scissions successives du KKE (1968 et 1991). À noter qu’une bonne partie des organisations de la gauche radicale et de l’extrême gauche grecque sont également issues de scissions ou de départs collectifs du KKE.

L’extrême gauche a présenté trois listes, totalisant 0,7 %. La principale composante, Antarsya (0,36 %), est un regroupement d’une dizaine d’organisations, qui a enregistré des résultats souvent significatifs lors des élections municipales et régionales de 2010 (notamment 2,3 % dans la région capitale et 3 % dans la ville d’Athènes). Ces élections ont été d’une manière générale marquées par une poussée de la gauche radicale, essentiellement du KKE, qui est passé de 10 à 14,4 % dans la région capitale (Athènes-Pirée et leurs banlieues), qui regroupe un tiers de l’électorat total, et atteignit 11 % des voix exprimées au niveau national.

Actuellement, les sondages font apparaître une large défiance de l’électorat vis-à-vis des partis politiques, un tiers environ des personnes interrogées refusant d’indiquer une préférence, et une nette tendance à la fragmentation du paysage politique. Sur la base de projections effectuées à partir des réponses données par les personnes indiquant un choix, la fourchette des estimations est de 18 à 22 % pour le PASOK, de 30 à 33 % pour la ND et de 6 à 8 % pour le LAOS, auxquels il convient d’ajouter les 2 % dont est habituellement créditée l’organisation néonazie Aurore Dorée (qui a obtenu 5 % à Athènes aux municipales de 2010).

Les petites formations de centre-gauche, sont créditées de 3 à 4 % pour les écologistes, et de 3 à 5 % pour la Gauche démocratique, créée par des dissidents de Synaspismos qu’ils accusent de « dérive gauchiste ». Syriza est estimé entre 7 et 10 %, le KKE de 10 à 13 % et Antarsya entre 1 et 2 %. Sur la base de ces estimations, aucun parti n’obtiendrait de majorité en sièges au Parlement.

[1] Marx ajoutait ceci, qui sonne étrangement actuel : « l’endettement de l’État était d’un intérêt direct pour la fraction de la bourgeoisie qui régnait et légiférait par l’intermédiaire des Chambres. En fait, le déficit de l’État était l’objet même de sa spéculation et la source principale de son enrichissement. À la fin de chaque année, nouveau déficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Et chaque nouvel emprunt offrait à l’aristocratie financière une nouvelle occasion d’escroquer l’État, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, était obligé de négocier avec ses banquiers dans les conditions les plus défavorables », Karl Marx, Les luttes de classes en France, « Folio », Gallimard, 2002, p. 11-12.

[2] Selon les données disponibles, qui portent sur 300 milliards d’un total de 360 milliards d’euros de la dette souveraine du pays, 146 milliards, soit près de la moitié, sont détenues par les banques et institutions financières de l’UE, auxquels s’ajoutent 42 milliards détenus par le FMI et les banques hors UE, le reste, soit environ un tiers de la dette totale, dont l’allocation est connue étant détenue par des banques et autres institutions grecques. Cf. Research on Money and Finance, Breaking Up ? A Route Out of the Eurozone Crisis, novembre 2011, p. 71. Document disponible sur http://www.researchonmoneyandfinance.org.

[3] Le correspondant de Libération l’a bien vu : « la décision de Papandréou […] est le résultat d’une érosion inéluctable du gouvernement, qui, après deux années d’une très sévère politique d’austérité, se trouve confronté à une pression insoutenable. Dans la rue, comme en témoignent les grèves quotidiennes dans divers secteurs de l’économie et les immenses cortèges de manifestants qui bloquent régulièrement les rues d’Athènes, ou au Parlement, où la contestation a progressivement gagné les rangs du PASOK », Philippe Cergel, « Papandréou, un pari fou », Libération, 2 novembre 2011.

[4] Sur ce moment cf. Stathis Kouvélakis, « Le chaudron grec », 20 juin 2011, disponible ici : http://alencontre.org/europe/le-chaudron-grec.html.

[5] Selon les estimations les plus sérieuses, les manifestations ont rassemblé environ 300 000 personnes à Athènes et au moins un demi-million dans l’ensemble du pays (qui compte 10,5 millions d’habitants). Les cortèges étaient particulièrement imposants dans les villes de province et la grève a paralysé l’ensemble du secteur public et la plupart des grandes entreprises. La quasi-totalité du petit commerce et une bonne partie des PME s’étaient joints au mouvement à l’initiative des patrons.

[6] Dimitris Kotsaridis, secrétaire de l’Union Locale de Vironas (banlieue d’Athènes) du Syndicat des Ouvriers du Bâtiment, 53 ans, est sans doute décédé suite à des problèmes cardiaques probablement déclenchés par les gaz lacrymogènes lancés par la police dans la confusion qui a suivi les incidents. L’enquête sur les circonstances de son décès est en cours.

[7] La fête nationale du 28 octobre commémore le « non » du gouvernement grec à l’ultimatum lancé par Mussolini en 1940. Lors de la guerre gréco-italienne qui s’en est suivie, les troupes grecques, galvanisées par un esprit de résistance venant d’en bas, ont remporté des victoires éclatantes sur le territoire albanais, les premières des forces antifascistes lors du conflit mondial. Il a fallu l’attaque de la Wehrmacht au printemps 1941 pour faire fléchir la résistance grecque et aboutir à l’occupation du pays par les armées de l’Axe. Cette journée est commémorée par un défilé militaire, prévu cette année à Thessalonique, et par des défilés de lycéens et de corps civils dans l’ensemble des communes du pays.

[8] Y compris le président de la République, Karolos Papoulias, personnage symbolique, issu de la vieille garde du PASOK et plutôt respecté. Son départ des tribunes officielles à Thessalonique a entraîné l’annulation du défilé militaire, mais les lycées, les cortèges de civils et les réservistes ont défilé, souvent poing levé, sous les acclamations de la foule.

[9] Alain Salles, « Le coup de poker de Georges Papandréou », Le Monde, 2 novembre 2011.

[10]Cf. Alexander Kentelenis et alii, « Health Effects Of Financial Crisis : Omens of a Greek Tragedy », The Lancet, vol. 378, n° 9801, 22 octobre 2011, p. 1457-1458, disponible ici : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2811%2961556-0/fulltext.

[11] Les citations de Gramsci sont extraites du cahier 13, § 23. Cf. Antonio Gramsci, Cahiers de prison. Cahiers 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978.

[12] Le cas typique étant sans doute celui des cabinets Brüning dans la république de Weimar finissante, qui ouvrirent la voie à la prise du pouvoir par les nazis.

[13] Il s’agit du groupe constitué par les ministres de l’Éducation Anna Diamantopoulou, de la Santé Andréas Loverdos et du vice-ministre de la Défense Giannis Ragousis. Dans une tribune commune publiée le 16 octobre, ils ont défendu une mise en œuvre intégrale et musclée des paquets d’austérité, prôné une ligne d’affrontement assumé avec le mouvement syndical (« les corporatismes sont notre adversaire »), ainsi qu’avec ceux qui ne défendent que de façon « tiède » les mesures adoptées, et laissé planer des menaces quant à un éventuel « massacre » si l’« autorité de l’État » n’était pas rapidement rétablie.

[14] Cf. Lucas Papademos, « Forcing Greek Restructuring Is Not The Answer », The Financial Times, 23 octobre 2011.

[15] Propos cités in Clément Lacombe et Allain Salles, « M. Papadémos désigné premier ministre en plein chaos politique et économique », Le Monde, 12 novembre 2011.

[16] Cf. Naomi Klein, La stratégie du choc. La montée du capitalisme du désastre, Actes Sud, 2008.

[17] Cf. Antoine Schwarz, « La gauche française bute sur l’Europe », Le Monde diplomatique, juin 2011.

[18] Ce courant a recueilli 31 % des voix des délégués lors du 6e congrès du parti en juin 2010. Il est largement majoritaire parmi l’aile syndicale. Trois députés sur neuf, ainsi que l’élu de Syriza au parlement européen sont affiliés à ce courant.

[19] Il s’agit de l’Initiative des Syndicats de Base et des Comités de Citoyens, un réseau de syndicalistes, élargi à des militants de quartiers et des initiatives citoyennes, qui réunit les syndicalistes du Courant de gauche de Synaspismos, ceux d’Antarsya et ceux du Front pour la Solidarité et la Rupture. Ses cortèges servent de point de convergences aux ailes combatives du mouvement syndical.

[20] Mark Mazower, « Democracy’s Cradle, Rocking the World », disponible sur http://www.nytimes.com/2011/06/30/opinion/30mazower.html.

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L’affaire exemplaire de Kostantina Kuneva secoue la société grecque (fr)

janvier 22, 2009

Femme, immigrée, nettoyeuse et syndicaliste de combat : victime  d’un attentat patronal d’assassinat au vitriole !…

Malgré le silence persistant des chaines de TV, la tentative d’assassinat au vitriole (!) contre la syndicaliste immigrée (Bulgare) Kostantina Kuneva, secrétaire général du syndicat des nettoyeuses de la région d’Athènes,  a secoué l’opinion publique et est en train de mettre le feu aux poudres aux fondements de la société grecque. Meetings, manifestations, occupations des bâtiments publics et autres actions de protestation exemplaires se succèdent a Athènes, Thessalonique et des villes de province, tandis que se multiplient les actes de solidarité des citoyens « anonymes » a la victime et son syndicat.

L’émotion des uns et la rage des autres sont facilement compréhensibles si on tient compte que cette affaire est exemplaire de tout point de vue. D’abord, a cause de l’extrême barbarie des assassins : ils ont déversé une  énorme quantité de vitriole non seulement sur le visage mais aussi dans la bouche de la victime qui n’a plus ni estomac ni œsophage. Ensuite, en raison du fait que cette victime est à la fois non seulement femme et immigrée, mais aussi dirigeante d’un syndicat qui organise les plus exploitées et opprimées des précaires, et est a l’avant poste du syndicalisme de classe et de combat !

Mais, l’exemplarité de cette affaire s’explique mieux quand on sait qu’on a ici une tentative d’assassinat annoncée, l’aboutissement d’une très longue série des menaces et des violences de tout ordre, d’une véritable terreur patronale ayant comme cible Kostantina et ses camarades ! Et tout ça de la part d’un patronat mafieux très lié à cette social-démocratie néolibérale qui a introduit et généralisé la sous-traitance au secteur public sous les gouvernements Simitis (1996-2004) : le patron de Kuneva a été candidat préfet du PASOK aux dernières élections préfectorales…

En somme, cette affaire, arrivant juste après la grande révolte de la jeunesse, contient tous les ingrédients d’un cocktail social et politique plus qu’explosif ! Mais, a une condition : que la réaction  en solidarité avec Kuneva et son syndicat et contre la terreur patronale soit massive et se fasse dans l’unité. D’ailleurs, c’est ce que demandent les camarades de Kostantina, c’est ce que souhaite la société grecque révoltée. Alors, unité d’action sans aucune exclusion de tous ceux qui allant de Syriza à l’ extrême gauche et même aux libertaires et autonomes se mobilisent déjà pour préparer une riposte d’envergure digne de la colère populaire provoquée par la barbarie du crime accompli. Tant en Grèce que partout en Europe…

Georges Mitralias

Letter to a friend about Gaza (en)

janvier 19, 2009

Dear friend

You are blaming me for having assimilated Nazism and Zionism by using the term “Nazionism”.

There is no assimilation between Nazism and Zionism; this is a parallelism, a provocative one.

I am aware that this is a parallelism that shocks and hurts the memory of all Jewish people, but its intention is precisely to shock democrats in Israel and inside the Jewish communities all over the world, and make them react and put pressure to Israel to change its attitude towards Palestinians.
Israeli people are thus invited to realize that, when one oppresses people -like the state of Israel oppresses Palestinians- deserves this parallelism, even if the oppressor represents a people that had been the main victim of Nazism.

If there is assimilation, it’s the one that Zionists all over the world do between the present anger and condemnation against Israel on the one hand, and the Antisemitism on the other.

It is true that there are many fascist neo-Nazi and ultra-right attempts to justify the anti-Semitism and the Nazi crimes against Jewish people by invoking the present crimes of Israel against Palestinians. No doubt that there is some anti-Semite ultra-right all over the world trying to appear themselves as “defenders of the Palestinians”. No doubt that many Palestinians struggling against Israeli occupants simply don’t care about the political origins of their “auto-proclaimed allies”… No doubt that some of them adopt –by hate for Israel- the ultra-right revisionist rubbish about Holocaust…

But this has nothing to do with the parallelism between Nazism and Zionism held by me and by many left democrats all over the world. This is a just a provocative criticism, which shows that Israel’s common tactics against Palestinians (first ghettoization, then proclaiming every violent resistance as “terrorism”, and finally applying a collective punishment), is objectively Nazi-inspired tactics.

Don’t forget that the so called “most democratic state of the Middle East” is also a state based on a doctrine of “vital space”, is the one that in many cases targeted Palestinians or other enemies outside its borders, in shameless contempt of every so called “international law”. It is a state that -more than any other- has adopted Blitzkrieg as its military doctrine. It is based on a strongly militarized society (3 years of military service and a life-long reserve for men and 21 months for women), it is a state that “illegally” possesses nuclear weapons and kept in prison without a public trial the person who told the world the truth about it, it is a state where peace activists are very often arrested under charges of “treason”, it is a state that disdains the international treaties about torture and prisoners’ rights. And you know what? The press in the West very often reminds to the public opinion that the Hamas is an organization that refuses to recognize the existence of the state of Israel, but it reminds to us less often that there are too many people in Israel who demand the deportation or the massive exodus of Palestinians, the restraining of the Israeli Arabs’ civilian rights, a “Jewish” and not a republican state. This kind of discourse (that is a form of a genocidal “final solution” if applied, isn’t it?) is not held by marginal people and parties, but by people inside the governing parties and by extremist parties that have even participated in Israeli governments.

Of course, if one wants to be fair, one should recognize that all the above is not exactly “Nazism”; it is just the official -or semi-official -doctrine of one of the most aggressive states that the modern world has known. It is just a sui generis militaristic-nationalist ideology and practice that has been formed under the influence of Zionism, as this latter came into action during the post war Arab-Israeli conflict. This “just” is the problem, my friend, and this “just” is precisely what I wanted to say when I used the term “nazionism”. You see, here in Greece too, when I face a supporter of the idea of a powerful state that would protect the “national interest” by “any means”, I often threat him as a fascist and Nazi. Of course he is not actually one; I know that the historical context is different and that his ideology is just a Greek version of aggressive nationalism. Though, I DO HAVE THE RIGHT to threat him as a fascist and Nazi, because these two ideologies have become –rightfully- the worldwide symbols of aggressive and hateful nationalism and chauvinism. This is a kind of insult for political use, showing the dangers of nationalism (especially in its militaristic aggressive version), and at the same time it is a kind of political-ethical judgment: it means that every nationalist who pretends protecting by force some “national interest” or some kind of “national idea” -that he has learned to adore above all-, can become dangerous for peace and humanity; he is, by extension, a potential fascist and Nazi. And I would reserve these qualifications also for every state that has proclaimed this kind of aggressive nationalism its official ideology. I don’t see why we should exempt the Israeli state from this kind of treatment, the very moment that this state has become the “envy” of every nationalist in this world, because it effectively does all the things that other nationalists always wanted to do, but didn’t always dare (at least they rarely dare to do all of them…). That’s perhaps the reason why some of them hate Israel so much…

Actually, if we examine the historical phenomenon of anti-Semitism we’ll see that the modern anti-Semitism is mostly a “nationalist” and not a religious one (though it is a form of continuation of the religious hate against “the Jew”). Nationalists during 19th and 20th century were seeking desperately some elements of “historical continuity” in order to define the “national identity” and “the historical mission” of their respective nations. Compared to these ideologies the nationalist variations of Zionism had the advantage to refer to a long tradition of a people that kept his identity through all the persecutions he has suffered: Jewish people’s persistence and solidarity was somehow the ideal-type of the national unity, the very idea of a messianic leader national leader was itself Jewish. No wonder why Jewish people became so easily the object of the hate of nationalists –and especially of their messianic leaders- coming from so many countries, even from countries where there had been no Jews at all. Later on, anti-Semitism also became “anti-capitalist” (cf. the responsible for the economic and social problems of the society are the rich Jews and not capitalism, idea that a German socialist qualified “socialism of the idiots”) and “anti-communist” (communism is a Jewish conspiracy which undermines western society and help Jews dominate the world). These three forms of modern anti-Semitism were based on a theory of conspiracy (which was essentially a kind of projection of various nationalist desires and reactionary obsessions on the Jewish people), and constituted a useful tool used by many political propagandas and finally led to the Holocaust.

After the creation of the state of Israel (and especially after its post-1967 evolution into a local power that aggressively dominates the Middle East with the support of the West), arose indeed a new form of anti-Semitism which uses criticism of the state of Israel as a cover. This time we have to do with a kind of “anti-imperialism” of the idiots… It is a silly -but a very dangerous- ideology that explains the support Israel receives from the West in terms of a presumed “omnipresent and omnipotent Jewish lobby”, overlooking of course the real issues, conflicts and geopolitics that led historically the US and the European imperialism to support the state of Israel for their own purposes, as they do with the Arab monarchies and dictatorships in the same region. Of course lobbies do exist (this is not a secret) and it would be ingenuous to believe that Israel itself is nothing but a puppet state; it is an autonomous and aggressive player in the imperialist game in the Middle East region, a player who has modified many times the rules of the game using his military power. But the modern anti-Semites want us to forget what really Israel is, and want to represent the modern imperialism in general as a result of another “Jewish conspiracy”.

It is true, then, that these new anti-Semites when they condemn “Israel” and denounce “Zionism”, they really mean “Jewish people” and they actually propagate the same old hate against “the Jew”. It is true that sometimes they insidiously try to represent the Israeli crimes against the Palestinians as a kind of a posterior justification of the Nazi crimes against the Jewish people. But in a very paradoxical way, while this new form of hate is supposed to target Israel and not the Jewish people, in fact what it’s really going on there, it’s exactly the opposite: when a real anti-Semite speaks, he hardly hides his profound hate for “the Jews” in general, and he also hardly hides, behind the denouncements against Israel policy in the Middle East, his profound admiration for the Israeli state. That’s why, anti-Semite attitudes towards Jewish people almost never change, while attitudes towards Israel do change, and the best example for this, is given by the strange alliance that has been formed these last years between the fundamentalist –and traditionally anti-Semite- religious right in the US and the hard core of Israeli aggressive politicians. So, I am not happy when I see synagogues in Europe being attacked or children wearing the kipah being aggressed, and I worry a lot about it. But you must also admit -if you permit wordplay- that the main anti-Semitic discourse today in the West is the one that targets the Arab “Semites” –and Muslims in general- and not the Jews…

You may object –as many do in Europe- that the term “Zionism” does not design Israel’s policy and official ideology, but a respectable and a noble historical ideal, integral part of the identity of the Jewish people, who preserved through History the dream to regain his homeland. So you may consider that the very use of the term “Zionism” in a discarding sense denotes a latent anti-Semitism, and a denial of the very existence of Israel. First of all, I know that Zionism is not the identity of the Jewish people, it’s only one of the definitions of this identity; as in every nation, there is more than one definition of the Jewish, and not all of them agree that one day there must be a Hebraic state in Palestine, or that Jerusalem must be its capital… But, even if all Jewish people were of that opinion, what difference it would make? Why should we owe to the Zionist ideology more respect than to any other nationalist ideology expressing some kind of “national rights”, but in a very dangerous romantic and pseudo-sentimentalist language?

Allow me to give you another aspect from my experience as a Greek left activist. You see, Jewish people is not the only one who consider himself “chosen” or “specially wronged”… and I assure you that one doesn’t have to refer to an ancient people like the Jewish or the Greek in order to feel like that… Just look around you, and see how many “proud” nations exist, and how easily “national missions” are invented. Since my childhood I am used to fight everyday against the persisting Greek version of national ideology that in the 19th century was called Megali Idea (The Great Idea) and was claiming territories for the Greek state, based either on more or less important Greek populations, either on “historical rights” from the past. This ideology knew some great successes and some greater failures, wars, conflicts, refugees and so on… In my lifetime it was an ideology rather defeated, auto-victimized: some “others” had to be responsible for this failure (among them “Jews” why not, they fit in every situation…), but always a dangerous and persisting one. Left activists and other pacifists were always trying to convince people that there is no place for reasonable claims on Istanbul for example, because this latter is a …Turkish city since 500 years (and the fact that someone conquered it doesn’t give as the right to reclaim it back for ever), that Greek Cypriots should find a way to live in peace as equals with the Turkish minority in the island, that Macedonia isn’t only Greek, that other people have also rights to this name and that we must discuss the question with them… I assure you that it was –and still is- so hard to convince people to leave behind them this resentful nationalist sentimentalism which develop on the ground of the frustration by their social condition, to convince them to recognize the real context of the actual world’s conflicts (which is a context of fierce imperialist antagonism), or even only to invoke their fundamental rationality, by simply pointing out that the various “enemy neighbours” are –especially by our times of globalization- poisoned by the same kind of national ideology, and they believe with the same passion in the “rights” of their own nation… It is so hard to escape from this kind of consensus on “national truths”, especially when people from the neighbour countries don’t help you and become themselves banners of the same kind of nationalism… The opposition to all this may cost you the accusation of being “anti-Greek”, which is a moral crime in Greece; you know, it’s something like the moral crime of being “anti-Semite” when you oppose to Israeli policy, though it has not the international dimension of this latter…

So, now you ask me to recognize and respect Zionism, and don’t wordplay with it. I don’t know the degree of your sentimental contamination by this ideology, but sorry, for me it is just another ideology –similar to the ones I know- invoking « historical rights » against realities. But also it is something more than that: it is an ideology whose strict application leads by definition another people (the Palestinians) in an absurd situation of losing -to an important degree, if not completely- his rights on his homeland. Zionism -as ideology and practice which guided the Israeli state in its bloody and sadly successful (?) course till now- has annihilated moral basis for the foundation of the state of Israel itself and has transformed all the supposed ideals of this foundation into lethal weapons. So, if you want my opinion, I do strongly doubt retrospectively about the righteousness and the rationality of the decision for the foundation of the state of Israel, at least in the form that has been chosen in 1945 (and here I refer to the doubts existed inside the Jewish Diaspora at this time). The History has proven in any case that this decision was the beginning of a terrible conflict which transgressed the generations, and still goes on. The rights and the ideals of the Jewish people cannot be expressed by the state of Israel as the world knew it. The Zionism interpreted the fact that the entire humanity recognized the atrocious singularity of the crime committed in Auschwitz, as a permanent licence to kill those who blocked the imagined path to Zion. The recognition of the crime of Auschwitz was meant to be a struggle of the civilization with its own hideous aspects; it is a moral property of the entire humanity, it’s neither a capital in the disposal of a “singular nationalism” nor an instrument of the Israeli state propaganda, which continues to victimize the Jewish people, in order to hide that the part that Israel plays since some decades is the one of the hangman…

Though, I don’t want the dissolution or the eclipse of the state of Israel (precisely because I refuse to subordinate the present to considerations about the injustices of the past, even the relatively recent ones, like many nationalisms -Zionism included- do all the time). The war creates indeed new situations. But even the most trigger-happy must know in which war they have to stop. It is time also for Israel to learn some lessons from its most recent history. The first years after 1967, perhaps the Zionists in Israel were still able to believe that the “annoying shepherds” that called themselves “Palestinians” would sooner or later leave the country to go to the “existing Palestinian state called Jordan” -as the propaganda in Israel used to say- or elsewhere. 40 years later the “shepherds” are still there, and each time they found the way to transform even their most smashing defeats into moral victories. No wall, no killings, no blockades, no apartheid will make them leave. Israel has only one option today: to recognize its total defeat after 1967, as the Palestinians recognized in Oslo their defeat before that date. The only solution for Israel is the immediate foundation of a Palestinian state in the West Bank territories and in Gaza, with Eastern Jerusalem as capital. Israeli democrats must realize that they have to stop this infernal escalation which leads them necessarily to a more authoritarian society inside and to an endless extermination war outside. Fascism is in long term condemned to be defeated, and if its progression doesn’t stop now, Israel will finally risk again its very existence. And no shameless alliances with anti-Semite Christian fundamentalists (who believe that the reconstruction of the Temple in Jerusalem will bring the return of Jesus) will save them…

Oh yes, you remind me now how bad is Hamas: -Hamas are bloody terrorists… Well, before his death, Arafat was a terrorist too, the “nice guys” of today (Fatah) as well. -Hamas targets civilians… Well, as I remember, when the target was Israeli soldiers, or an ultra-right minister, Israeli riposted in the same way as today: massive bombings and children killings. But I can understand that this is a normal reaction for a militaristic state: we Greeks knew this doctrine as the doctrine of Wermacht, which during the occupation used to burn villages to the ground and execute hundreds of civilians as a response to « terrorist attacks »… –But Hamas is the one who kills all those babies, not Israel, by using them as “human shields”… Oh, really? Apparently it is more ethical when Israel uses fully armed colons and their families as “human pikes”… -They use tunnels to bring weapons into Gaza! A real scandal indeed… Israel should call the Americans to intervene; perhaps that’s where Saddam Hussein’s chemical weapons are hidden! Actually, don’t they afraid that coming from a state that illegally possessed nuclear weapons, this accusation could be seen by Hamas as a precious enemy compliment, like stealing a thief?

So please, don’t try to scare me with Hamas. The French were doing the same thing in Algeria; the Americans did the same thing in so many places in the world. On the one side he have some “barbaric bloody killers” who don’t care about life –not even their own- and target only civilians and on the other side we have, a « thinking » war-machine which –when properly function- kills only the strictly necessary number, with reasonable rates of corollary victims… It’s always the civilization versus the “barbarians” created by the imperialist exploitation and oppression: what a glorious a combat indeed… And when facing a conflict like this, all “civilized people”, are called to mobilize just their moral values and compare them to the immorality of the other side, and of course to not mobilize their minds, because that would constitute an immoral justification of the hideous crimes of the “barbarians”. In conflicts like that (where the weakest uses unorthodox weapons against the smashing military power of the opponent -and sometimes indeed barbaric ones, since we talk about “barbarians”…) the official propagandas, always try to make us all look with horror the atrocities committed by the “barbarians” of every kind and, at the same time to look at the troops representing “civilization” with understanding, hoping only that the atrocities they will commit this time are not going to shock our conviction about our moral superiority.

Enough with all these ridiculous justifications of the civilized, methodical and “clever” extermination of all resistance used by the modern imperialism! This simply doesn’t work anymore, because this kind of justification addresses, in fact, not to persons with moral consciousness, but to persons who are ready to put aside some of their moral considerations and adopt some more “pragmatic ones, if this will permit them to continue to enjoy the goods of the civilization so envied by the barbarians… “It’s about petrol, not democracy stupid”, that’s what the imperialist argumentation was whispering, during the invasion to Iraq, to the ear of the public opinion in the developed countries, and this was the best working argument. But not for all, thank God… It seems that the barbarians are continuously multiplying, even inside the so called civilized world… So my friend, if you really want to discuss and understand “why this war” and “why so much hate”, stop to invoke moral issues and the “defensive” argumentation that every aggressor deploys, and start facing the reality which generated all this. Don’t go far, start from the demolitions of houses, the colons, the Wall, the retaliation bombings, the prisoners, the torture, the blockades … I don’t care about modern forms of propaganda, I don’t even look at the selected images on the TV anymore, and I don’t want to see any more “proofs” that Israeli bombs are essentially accurate, and Hamas is a gang of fanatic paranoiacs… Do you really think that the paranoia of Hamas and the ridiculous demonstrations of clever bombings will finally be enough to hide the mass murder that Israel commits today? If it will, if this propaganda works, then all Jewish people should thank their God because in world War II, Goebbels hadn’t disposed the clever weapons with cameras, or the battalion of the journalists that Israel and other modern countries dispose today: if he had, perhaps we all would think today that the Holocaust was some kind of “humanitarian disaster” -as the TV taught us to call it- or some kind of gigantic bath accident…

They keep asking us to condemn Hamas in the same way that we condemn Israel. In fact they ask from us to condemn those who are already condemned by Israel in life prison and in periodical death, they want us to condemn the reaction of the already condemned to this fate… And all that by distance, and based on our infallible « moral standards », which happen to be so convenient for the powerful one…

First the Israelis built a massive prison for an entire people and now they shout that there are “religious junkies”, thieves and murderers in it… Bad people! “They have tunnels”! Wow, a tunnel in a prison? How outrageous! But the Israelis should have built their prison in a more distant place, and not just aside their “beautiful quarter”… Now some of them manage to launch their “explosive stones” from the inside, breaking the ceasefire imposed by those who built their prison… How disgraceful! And when the Israeli fully armed “police squad” is undertaking the “cleaning” of this “filthy place”, what they do these sanguinary barbarians? Instead of giving their children for adoption to some international “humanitarian” NGO and then to kind families in the West who will feed them and buy them toys, they keep them there in the prison, to starve with them and to teach them how to hate and fight their Israeli guards. And worst, instead of showing themselves up (at last) in order to be fairly killed, they keep hiding and launching their rockets, forcing the benevolent Israeli army to kill them all together, adults and children… What kind of parents are they after all? Do they deserve the compassion of the affectionate parents of the civilized societies? Actually we should get these immoral prisoners and lead them to a court for multiple war crimes against their own children! This kind of argumentation reminds me the Wermacht justification for the massive murders committed in Crete in World War II: it was retaliation for the war crimes committed by Cretans during the German invasion. What was the crime? The armed civilian Cretans –armed civilian=terrorist) ignored the moral rules of the war and were shooting the German paratroopers BEFORE they arrive on the ground… Very uncivilized indeed those terrorists…

Larger amounts of insolent propaganda will be needed to hide the analogies between the continuous and shameless siege of the Gaza ghetto-prison (what we see now it is only its final and clearly military phase) and the Nazi siege of the Warsaw Ghetto. The champions of Israel want to make us believe that this time the Nazis are the ones inside the ghetto… Don’t they know that the Nazis are, and will always be the ones around it? Their elders haven’t taught them that the characteristic quality of all Nazis is “being the ones around the ghettos”? What do Israelis expect? That the world will say that their attitude is different of the Nazi attitude just because the massive methodical murder they commit today is supposed to be “selective”? Or that the world will give them another licence to kill just because they have finally managed to push many Palestinians to Islamic fundamentalism? There’s a ghetto in Gaza and in the West Bank, a ghetto that an occupant first built it and then found a pretext to attack it. And that’s Warsaw my friend…

Oups, I did it again: I still connected Nazi and Israel. I must admit it: I do it because I do want to hurt Jewish people, or the friends that support Israel, hoping that at least this « pain » could remind them the true nature of the « threat » that Israeli soldiers seek to « exterminate » today. This threat is an entire people that you cannot eliminate. Never! And in any case we won’t let you!

 

Dear friend

I repeat: If you really want this to stop, just don’t talk about ceasefires and terrorists. Just recognize the origin of this bloodbath, and say: A COUNTRY FOR THE PALESTINIANS NOW.

 

Nikos Zartamopoulos

January 2009-01-12

Greece

Η αστυνομική μεταπολίτευση (gr)

janvier 8, 2009

mat

Διαβάστε το άρθρο στο Silentcrossing’s Blog

Des événements en Grèce (fr)

janvier 7, 2009

Un point de vue français :

Ces émeutes, à distance, ont déjà fait reculer le pouvoir français sur ses minables réformes lycéennes, et peut-être d’autres encore. Les émeutiers grecs nous montrent ainsi une voie qui avait été cherchée lors de la contestation du CPE et ces dernières semaines (occupations de lycées et d’autres bâtiments, blocage de voies de communication et quelques bagnoles cramées), ils font mieux et refusent le dialogue truqué avec l’Etat et ses sbires. Ce n’est que lorsqu’il parle tout seul qu’un ministre peut évoquer « un dialogue serein » (les mots du ministre de l’éducation nationale il y a quelques jours). Ici, comme en Grèce, la discussion ne peut commencer que par la contestation en actes des forces répressives. Leur existence est déjà une insulte. 
La liberté fait ses premiers pas quand on n’a plus à trembler devant des flics, des vidéo-surveillants et le fichage généralisé. Les lois sont faites pour nous apeurer, nous décourager et plus généralement nous interdire de faire quoi que ce soit. En Grèce la peur et la résignation changent de camp. 
(« Aujourd’hui, le peuple est en colère contre tout, contre la mort d’Alexis, contre la police, contre le gouvernement, contre les réformes… et nous, nous sommes le bouclier. (…) Je me demande si je ne serais pas mieux dans mon village, où je pourrais reprendre l’élevage des moutons et vivre tranquille. Surtout, je n’aurais plus ce sentiment de honte qui me ronge », un policier grec dans le Figaro du lundi 22 décembre 2008) : 

L’INSURRECTION CONTINUE. Si elle prend partout, on ne l’arrêtera jamais. C’est pourquoi nos médias maintiennent ces évènements historiques à l’arrière-plan ou inventent des spécificités grecques (jeunesse mal payée, corruption, réformes qui ne promettent que le pire mais c’est partout que les ordures nous gouvernent). Insistons sur quelques points : il ne s’agit pas d’une révolte d’une partie de la jeunesse mais bien de toute une population, de gens sans revendications ni représentants, mais dont nous partageons certainement les intentions (disparitions de tous ceux qui parlent pour nous : partis, syndicats, experts, journalistes, associations…) et les dégoûts (le salariat et le monde misérable qu’il produit, ses congés forcés, l’éducation obligatoire pour s’y insérer, et autres « aides » de l’Etat quand on s’en éloigne). 
En cette période de crise, comme d’habitude, nos dirigeants nous présentent de nombreuses solutions parmi lesquelles ne figure pas celle de se passer d’eux. Ce sont les mêmes qui nous volent nos meilleures années et celles qui suivent ; ils continuent. 
Saisissons chaque occasion de rappeler la lutte exemplaire
 qui se déroule en Grèce. Diffusez ce texte, trouvez-en d’autres (récits de première main, vidéos sur internet, etc.), écrivez-en de meilleurs, partout, sur les murs, les affiches. Rassemblons-nous dans toutes les manifestations possibles, restons mobilisés. Répandons cette étrange épidémie dont nous n’avons rien à craindre, nous qui devons toujours travailler pour un monde qui nous empoisonne. 

FAISONS MIEUX. 

En région parisienne, le mardi 23 décembre 2008. 


Μassacre collectif mené par Israël à Gaza (gr-fr)

janvier 1, 2009

Γαλλική μετάφραση του κεντρικού άρθρου στο Athens Indymedia σχετικά με τη σφαγή στη Γάζα.

Traduction de l’article central concernant le génocide à Gaza publié sur Indymedia Athènes (texte original) :

 

Μassacre collectif mené par Israël à Gaza

 

Depuis samedi matin (27/12/2008), l’armée israélienne bombarde sans cesse Gaza par air et par mer, fait qui a comme conséquence des milliers de blessés et plus de 400 morts. Les israéliens et les médias occidentaux justifient cette attaque en tant que “défense légitime” contre les tirs de Qassam (roquettes artisanales) que les groupes de la résistance (Hamas, Jihad, Front Populaire) lancent depuis Gaza vers les territoires d’Israël, visant surtout les colons israéliens. En réalité, la trêve a cessé depuis longtemps par les israéliens mêmes, dans le but de faire disparaitre la Palestine de la carte en envoyant des blindés aux frontières et en préparant une invasion militaire à Gaza. Les organisations de la résistance palestinienne appellent à une nouvelle Intifada et à la solidarité effective dans tous les pays du monde. Au début, Abbas accuse Hamas en tant que responsable de cet holocauste, mais modifie ensuite ses déclarations sous la pression des manifestations massives et résistantes menées par les Palestiniens dans la rive ouest. En même temps, les dirigeants des pays arabes reportent la réunion de la Ligue des États Arabes prévue pour mercredi le 31/12 et la trasforment en une réunion de ministres des affaires étrangères. Dans ce climat, et pendant que le gouvernement egyptien refuse d’ouvrir le passage à Rafah pour les palestiniens de Gaza, des manifestations importantes et populaires qui s’opposent aux régimes ont lieu dans tous les pays arabes. 

 

Le massacre collectif qui est opéré à Gaza profite de la tolérance des gouvernements européens et de l’approbation des États-Unis.

 

Lundi le 29/12 le bateau « Dignity » est parti de Larnaca (Chypre) à destination de Gaza pour apporter de l’aide médicale et pharmaceutique. Le bateau a été attaqué et éperonné par la marine de guerre israélienne le matin du mardi 30/12 ; il a finalement pu échapper du cerclage israélien et s’orienter vers le Liban.

 

Des rassemblements et des manifestations de solidarité ont eu lieu en Europe. Lundi le 29/12 à Athènes, un rassemblement de protestation a été organisé devant l’ambassade d’Israël. Des manifestants arabes et grecs ont affronté la police au moment où le rassemblement a été attaqué par les forces de la répression, fait qui a eu comme résultat l’arrestation de trois manifestants.


Woman arrested and attacked by the greek police for no reason (en)

décembre 27, 2008

Femme attaquée et arrêtée par la police grecque sans aucune raison (en) / 

Γυναίκα δέχεται επίθεση και συλλαμβάνεται χωρίς λόγο από την ελληνική αστυνομία (en) 

http://policeviolence.blogspot.com/2008/12/woman-arrested-and-attacked-by-greek.html

 

Stathis Kouvélakis – La Grèce en révolte (fr)

décembre 27, 2008

http://contretemps.eu/interventions/stathis-kouvelakis-grece-en-revolte

Στάθης Κουβελάκης – Η Ελλάδα σε εξέγερση (γαλλικό κείμενο στο περιοδικό Contretemps)

Mike Davis – Sur la révolte en Grèce (fr)

décembre 27, 2008

http://contretemps.eu/interviews/mike-davis-sur-revolte-en-grece

Μάικ Ντέιβις – Για την εξέγερση στην Ελλάδα (συνέντευξη στο γαλλικό περιοδικό Contretemps)

Akis Gavriilidis – Les raisons pour lesquelles je suis avec les cagoulés (gr)

décembre 27, 2008

Ακης Γαβριηλίδης – Γιατί είμαι με τους κουκουλοφόρους 

http://sylviakouvali.blogspot.com/2008/12/on-greece-by-akis-gavriilidis.html